Calligrammes, gestes à la poésie

Calligrammes — sous-titré Poèmes de la paix et de la guerre 1913-1916 — est un recueil de poésie de Guillaume Apollinaire publié le 15 avril 1918. Il est dédié à René Dalize, ami d’enfance d’Apollinaire, mort à la guerre, à qui il rend hommage : « À la mémoire /du plus ancien de mes camarades / René Dalize /mort au Champ d’Honneur / Le 7 mai 1917 ».

Dans sa lettre à André Billy, Apollinaire écrit :

Quant aux Calligrammes, ils sont une idéalisation de la poésie vers-libriste et une précision typographique à l’époque où la typographie termine brillamment sa carrière, à l’aurore des moyens nouveaux de reproduction que sont le cinéma et le phonographe

Qu’est-ce qu’un calligramme ?

Un calligramme est un poème dont la disposition graphique sur la page forme un dessin, généralement en rapport avec le sujet du texte, mais il arrive parfois que la forme apporte un sens qui s’oppose au texte. Cela permet d’allier l’imagination visuelle à celle portée par les mots. C’est le poète français Guillaume Apollinaire qui est à l’origine du mot. Cette forme particulière de poésie est parfois nommée « poésie graphique ».

Calligramme dédié à son amante, Lou

Sa vie

Guillaume Apollinaire né le 25 août 1880 à Rome d’une mère polonaise et d’un père inconnu. Il meurt le 9 novembre 1918 à Paris.

De son vrai nom polonais Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinaire de Kostrowitzky, il décide de garder celui d’Apollinaire lors de sa naturalisation en 1916.

Apollinaire fait ses études au lycée de Cannes, puis de Nice. Il échoue à son baccalauréat et ne le retente pas.

Il s’installe en 1900 à Paris, centre des arts et de la littérature européenne de l’époque, où il se fait engager comme employé de banque. Il écrit également des articles et des poèmes qu’il publie dans des revues comme Tabarin ou La Grande France.

De mai 1901 au 21 août 1902 il devient le précepteur de la fille de la Vicomtesse de Milhau et tombe amoureux de sa gouvernante ; Annie Playden. Dans ses poèmes, cette période de sa vie s’illustre par la période dite « rhénane » (Lorelei, Schinderhannes). Annie, qui refuse ses avances, finit par partir pour l’Amérique. Le poète écrit la tristesse qu’il ressent après ce départ dans Annie, La Chanson du mal-aimé, L’Emigrant de Landon Road).

De 1902 à 1907 il travaille pour divers organismes boursiers et publie parallèlement des contes et des poèmes dans des revues. C’est à cette époque qu’il prend le pseudonyme « Apollinaire » d’après le prénom de son grand-père maternel « Apollinaris » qui lui rappelle « Apollon », dieu de la poésie.

En 1903 il crée le mensuel Le Festin d’Ésope, revue des belles lettres dans lequel il publie quelques poèmes.

En 1907 Guillaume Apollinaire rencontre la peintre Marie Laurencin avec qui il entretient une relation pendant sept ans. Il commence également à vivre de sa plume et se fait un nom de journaliste, poète et critique d’art. Il devient également ami avec Picasso et Douanier Rousseau.

Le 7 septembre 1911 il est accusé de complicité de vol de la Joconde, et se fait emprisonner à la prison de la santé pour une semaine. Il publie cette même année son premier recueil de poème Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée.

En 1914 il part pour Nice après s’être fait engager dans l’armée française. Il y rencontre Louise, qu’il surnommera Lou, et la courtise. Les poèmes qu’il lui écrit sont rassemblés dans le recueil Poèmes à Lou. Ils se séparent en 1915 en promettant de rester amis.

En avril 1915, Apollinaire part avec le 38° régiment d’artillerie de campagne pour le front de Champagne. Il continue à écrire des poèmes quand il peut , correspond avec ses amis, avec Lou et avec Madeleine Pagès qu’il a rencontré dans le train au retour d’un rendez-vous avec Lou.

Il est blessé le 17 mars 1916 par un éclat d’obus, et entame une longue convalescence.

Fin octobre de cette année, son recueil de contes Le Poète Assassiné, est publié, cette parution est couronnée.

En mars 1917, il crée le terme de « surréalisme ».

Le 11 mai il est déclaré définitivement inapte à faire campagnes aux armées par la commission médicale.

En 1918, sa pièce Les Mamelles de Tirésias est publiée par les Éditions Sic. Son poème, La jolie rousse, dédié à sa nouvelle compagne, paraît, lui, en mars dans la revue L’Éventail et en avril, le Mercure de France publie son nouveau recueil de poésies, Calligrammes. Le 2 mai, il épouse la « jolie rousse » ; Jacqueline. Picasso sera témoins à son mariage.

Il meurt le 9 novembre 1918 chez lui de la grippe espagnole.

De Annie à Jacqueline

On note cinq figures féminines inoubliables traversant l’œuvre d’un homme : Apollinaire a aimé Annie, la jeune anglaise de la Chanson du mal aimé, puis Marie qui déchire le poète de Zone ou du Pont Mirabeau, et Lou, puis Madeleine, ses amours du temps de la guerre, jusqu’à Jacqueline, l’adorable rousse de Calligrammes, qu’il épousa en mai 1918.

Guillaume Apollinaire et « Lou »

>> Lire des poèmes « à Lou »

Soir de demi-lune, à Londres

Alcools recueil, Apollinaire a mit 15 ans à l’élaborer. Il annonce sa quête de modernité ; un mélange de traditions, de renouveau.

Alcools est un recueil pluriel, polyphonique. Il explore de nombreux aspects de la poésie, allant de l’élégie au vers libre ;
mélangeant le quotidien aux paysages rhénans ;
c’est une poésie qui se veut expérimentale, alliant une presque perfection formelle et une grande beauté à un hermétisme, un art du choc, de l’électrochoc.
Il valut à Apollinaire d’être qualifié de mystificateur.

Alcools montre le poète déchiré par ses ruptures amoureuses (avec Annie Playden, avec Marie Laurencin), ruptures qui résonnent au travers de poèmes tels que Mai, Les Colchiques et, surtout, La Chanson du mal-aimé.

C’est un long poème lyrique de Guillaume Apollinaire, inspiré par l’échec de sa relation amoureuse avec Annie Playden ; elle a quitté son amant alcoolique qui la battait.

Apollinaire joue avec les sons ; avec les mots il distord l’espace et le temps. Il évoque différentes figures historiques « exotiques » comme le Pharaon, la femme de Mausole, les Quarante de Sébaste, les Cosaques Zaporogues mais aussi le roi « fou », Louis II de Bavière.

C’est une complainte ; le poète vogue entre regrets, rêveries consolatrices et la dure acceptation d’un présent douloureux. Avec « Aubade chantée à Laetere un an passé », la « réponse des Cosaques Zaporogues au Sultan de Constantinople », les « Sept Épées » : autant de poèmes dans le poème. La juxtaposition des tons, des sentiments, des points de vue rapproche ce poème de l’esthétique cubiste.